Pâle

Assise sur une pierre froide

Recroquevillée sur elle-même

Les mains un moment

Voilent sa face blême

Elle ferme les yeux

A cette vie de chienne

Un chat errant se frotte

Contre sa robe

Sale

 

Seule

Parmi des hommes de passage

Kurdes comme elle d’Iran d’Irak

Syriens, Afghans, Egyptiens

Hagards

De son vagabondage

De son désarroi

De sa solitude extrême

Elle ne dira rien

Ou presque

 

Iranienne

Aux yeux éteints

Pourchassée par une horde de fous

D’un dieu vengeur

Mâles

Le mal absolu

Elle ne veut rien

Ou presque

Un peu de pain de l’eau

Une assiette de chorba

 

Et fuir des jours durant

Redouter la nuit

Proie sans défense

Aspirer si fort

A une oasis

Pour se laver

Se purifier

De cette crasse

De ces stigmates

Indélébiles

 

Si près pourtant

Compatissants 

Nous sommes

A mille lieues

De sa détresse

Etrangers

Impuissants

Désarmés.

 

Le visage égaré

De cette femme

Sans voix

Sans amarre

Frêle barque

Échouée

Hante

Les longues plages

De mes silences.

                            MD